In Fine

Série photographique réalisée en hôpital gériatrique.

Une réflexion sur le vieillissement, la maladie, la dépendance, la vulnérabilité, la solitude, l'enfermement. Sur notre propre fragilité.

"Les fragiles

Les corps se déforment, les dos se voûtent, les mains tremblent, les pieds s'emmêlent, les chairs tombent, les âmes saignent et se blottissent, les plaies suintent, les souvenirs s'évaporent, les rêves dansent, les désirs s'éclipsent, le temps se perd, les paroles s'envolent, les pensées se brisent, les portes claquent, les murs s'écaillent, les regards brillent, les cris s'égarent, les silences en disent long, les rires s'évanouissent, les bouches embrassent, les bras enlacent, les esprits s'embrouillent, les ombres se croisent. La vie est partout, la vie est nulle part, improbable et permanente. La mort est partout, la mort est nulle part, probable et impermanente. Le vide les aspire mollement telle une insatiable machine à dévorer le temps. Les fragiles ne savent plus mais savent bien, scrutent ou ignorent, demandent ou se taisent, marchent ou se figent, veulent ou renoncent, s'ouvrent ou se ferment, dansent et oublient les pas. Ils sont ici ou ailleurs, sur leur radeau qui tangue et les mènent doucement, brusquement, inexorablement. Confiants et inquiets, ils glissent, ils chavirent, ils résistent, ils vivent. Vagues à l'âme, bleus au cœurs, cuirs tannés, sourires tendres, visages creux, ils sont beaux, ils sont laids, ils sont nous, ils sont eux, ils sont la mémoire et l'oubli, ils sont le monde."

Texte Alice Marc

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