Dans les ornières du temps engluées

les fleurs sauvages louvoient au vent mauvais

de l'ineffable colère aux cieux déchaînés

affres d'abysses abîmées

amères rimes écorchées

de la beauté et du désastre

qui triompha de l'arrogante humanité

affairée à briser toute vie

aveuglée par trop de vanité

énucléé formatée

vidée d'encombrante pensée

ravages d'une Terre

exsangue et accablée

l'ultime déchirement de la nuit éternelle

terrassa les diaboliques âmes en peine

d'un illusoire dessein

gorgées de désir

mortifère et funeste

anthropocène accompli

exit la maligne ennemie

sixième extinction

totale

finale

fin


nuit 

immense

silence


aurore natale

calme fracassant

d'une furtive nature

mycelium racines

secrets réseaux de l'ombre

épiant patiemment

l'heure de la résurgence

un sublime végétal

recouvra son essence première

divine incarnation

forces vives

arrimées et armées

sanguines ou blêmies

au souffle crépusculaire

d'une ère printanière

célébrant la florale virginité

d'une nature insurgée

de ses persécuteurs délestée

voraces autophages

à l'aube de l'azur

libres semences

poussières fertiles

d'étoiles lointaines

voleront au au gré 

des soupirs

chauds et moites

d'un air lourd si léger

tiges et pistils érigés

tendres pétales dorés

herbes folles parfaites

mousses vertes et moelleuses

glorieuses fleurs rebelles

indociles fougères

discrètes beautés des prés

iront sans crainte tapisser

le sol d'un monde nouveau

d'anarchiques prairies

du linceul délivré

au soleil tiédi

et dureront encore

jusqu'à la fin des jours

Alice Marc © 2019